Si vous ?s d? pass?u Rothenbachkopf, vous avez peut-?e remarqu?sur le versant Nord de la “corne” du Rothenbachkopf, une croix en bois, fendue en son milieu, portant une inscription en allemand, une date, deux noms et pr?ms, et deux dates de naissance.


La croix en m?ire des deux victimes, au Rothenbachkopfphoto: © Vosges Freeride (prises avec un t?phone)Apr?des mois d’enqu? et de recherches, des dizaines de coups de t?phones et d’interviews, Vosges Freeride vous livre le r?t du drame qui s’est d?ul?ur les flancs du Rothenbachkopf en cette fin d’ann?1965. Les lieux et itin?ires sont r?pitul?sur la carte en relief disponible ci-dessous.26 d?mbre 1965: l’arriv??ittlachLe 26 d?mbre 1965, quatre jeunes allemands, amis depuis leur enfance, J?n K?r, 20 ans, Thomas Retter, 16 ans, Manfred Lenkner, 17 ans, et Dietmar Klatdke, 18 ans, tous quatre originaires de Stuttgart et de sa r?on, prennent le train en direction de la France et des Vosges, dans le but de reconna?e le massif dans l’optique des prochaines vacances d’?, pour le compte d’une association d’?diants de Stuttgart.

Manfred et Dietmar

J?nArriv?en gare de Metzeral, les quatre amis s’enfoncent dans la vall?et rejoignent Mittlach, (point n°1 sur la carte) ?ieds, o?s sonnent chez M. et Mme J. , dans l’espoir de se voir offrir l’hospitalit?Mme J. les accepte volontiers, et apr?leur “avoir servi une soupe”, leur propose de passer la nuit dans la grange familiale.27 d?mbre 1965: ?a recherche du RainkopfAu matin du 27 d?mbre, les quatre amis, apr?avoir bu “un caf?, d?ilent ?eur h? Mme J. , leur programme de la journ? ils d?rent se rendre au refuge du Rainkopf, situ? proximit?u Rothenbachkopf, afin d’y passer la nuit suivante. Au vu de la m?o agit? de la visibilit??ocre et des temp?tures basses et des chutes de neige, Mme J. leur d?nseille fortement d’entreprendre l’ascension vers le Rainkopf. Passant outre ces conseils, les randonneurs, munis de leurs skis de randonn?et de leurs sacs d?dent n?moins de partir; vers 9h30, ils passent devant la maison de M. Antoine Boithiot, qui les voit prendre la direction du lac d’Altenweiher (point n°2 sur la carte), au pied du Rainkopf et du Rothenbachkopf.M. Boithiot, alors responsable du barrage du lac d’Altenweiher, se rend, en d?t d’apr?midi, pour des raisons professionnelles, ?a digue, en suivant les traces des randonneurs; il aper?t alors, au niveau de l’avanc?du barrage qui faisait alors office d’abri de randonn? des “traces de casse-cro?”, ainsi que les traces de ski “qui traversent la digue et se dirigent vers le sentier reliant le lac au Rainkopf”. Les conditions m?o sont alors ex?ables, le vent se l?, les chutes de neige s’intensifient et les temp?tures sont n?tives, sans atteindre toutefois les -10°C. Les jeunes gens perdent alors toute notion du temps et de l’orientation, et divaguent, jusqu’?a nuit tomb? entre le Rainkopf et le Rothenbachkopf, (point n°3 sur la carte) ?a recherche du refuge.”Vers le soir, la neige se mit ?omber et le vent ?ouffler. Nous avons perdu notre chemin. Par trois fois, nous nous retrouv?s, apr?trois heures de marche, devant la m? balise. Nous tournions en rond.”Epuis?et tremp? ils d?dent alors de s’arr?r pour passer la nuit, l?sur les cr?s, au sommet du Rothenbachkopf, ? 300 m?es d’altitude, au bord d’un pr?pice qu’ils ne pouvaient pas voir, et qui engloutit une partie de leur mat?el, au moment m? o?s posent leurs sacs au sol. Pour seul abri, ils avaient leurs sacs de couchage. Deux d’entre eux prennent la d?sion de se changer avant de se glisser dans leur sac de couchage, afin de dormir secs, les deux autres, ?is? se glissent tremp?dans leur sac, au sommet du Rothenbachkopf. “Le vent hurlait comme une b? sauvage; nous avions froid et peur; moi, j’ai pri?t j’ai pens? mes parents”.

Le Rothenbachkopf, au centre, 14 mars 2006photo: C. Marty28 d?mbre 1965: le drameAu petit matin, Manfred et Dietmar, qui n’avaient pas ferm?’oeil de la nuit, sont r?ill?par les cris de Thomas, le plus jeune, qui d?rait; ce dernier fait alors une chute de plusieurs m?es, mais ses compagnons arrivent ?e ramener ?eurs c?; quelques heures plus tard, Manfred et Dietmar se l?nt et d?uvrent les corps sans vie de leurs deux amis; la m?o est un peu meilleure, mais toujours mauvaise, et les deux survivants prennent alors conscience qu’ils ne doivent la vie qu’?eurs habits mouill?qui les ont emp??de s’endormir et de mourir de froid, contrairement ??n et Thomas qui avaient pris la peine de se changer et de se s?er, ce qui leur avait permis de s’endormir pour ne plus jamais se r?iller. Les deux survivants prennent ?lement conscience de l’ar? abrupte sur laquelle ils se trouvent et entreprennent alors, tant bien que mal, de descendre par la face Ouest.Ce m? matin, vers 11 heures, M. Paul Antoine, officier commando de r?rve, ayant pass?a nuit au refuge du Ski Club Mulhouse (chalet H? au col du Herrenberg, se rend, lui aussi ?ki, par la route des cr?s, au Centre Commando du col des Faignes (quelques fois ?it “Feignes”, point n°4 sur la carte), Centre d’instruction de ski, secours et combat en montagne du 152? RI de Colmar, afin d’y organiser un rallye-ski r?issant les commandos et les officiers commando de montagne de r?rve.

M. Paul Antoine, premier intervenantAyant parcouru quelques centaines de m?es sur la route des cr?s, il aper?t sur sa droite deux silhouettes titubantes, “en grande difficult?hysique” descendant difficilement du Rothenbachkopf, tombant puis se relevant; rapidement, il comprend que les deux jeunes gens ont besoin d’aide et monte vers eux; ils expliquent ?. Antoine, qui comprend l’allemand, que leurs deux camarades sont morts de froid, un peu plus haut. Les deux rescap?ne semblant pas d?ydrat?mais plut?n hypoglyc?e, M. Antoine les ravitaille alors en sucre et en chocolat, puis d?de de remonter avec les survivants vers les corps, afin de v?fier les d?s et de rep?r leur emplacement.Constatant que les deux corps sont sans vie, M. Antoine entame alors, en compagnie des deux survivants, le trajet qui relie le Rothenbachkopf ?on objectif: le Centre Commando de Secours en Montagne du col des Faignes. Les trois hommes chaussent donc leurs skis, et descendent en direction de la ferme du Rothenbach, rejoignent la route des cr?s, traversent la chaume du Firstmiss (Ferschmuss), puis apr?avoir d?ss?e Kastelberg, plongent vers l’ouest, ?auche, pour rejoindre la chaume de Schmargult et descendre, via la piste de ski du Chitelet, la route qui m? au col des Faignes. Sit?a route atteinte, M. Antoine d?de de prendre de l’avance et, apr?avoir expliqu?omment rejoindre le Centre Commando de Montagne et le col aux deux survivants, entame, ?ki, un sprint jusqu’au col des Faignes.M. Paul Antoine arrive au Centre Commandos vers 14 heures, et d?enche les secours qui ne mettent qu’une demie-heure pour ?e op?tionnels. Du centre commando est ?lement pr?nue, par t?phone, la gendarmerie de La Bresse. Les militaires (qui sont moniteurs), d?ndant du 152? RI de Colmar, sont plac?sous le commandement du Lieutenant Imbert; ils sont une demi-douzaine ?onter dans l’ambulance 4×4 du Centre: MM. Weitz, Viprez, Flageolet, Marcot et Savoyet, au moment m? o?s deux rescap?arrivent au Centre. Les militaires essayent dans un premier temps de rejoindre la route des cr?s par la Schlucht via le Collet, (point N°5 sur la carte) mais l’enneigement de la route les oblige ?ebrousser chemin, et ?edescendre en direction de La Bresse pour gagner le col du Bramont puis le Chemin des Am?cains, chemin sur lequel l’enneigement bloque d?nitivement la progression du v?cule au-dessus de l’?ng (tourbi?) de Machey. Les militaires chaussent alors leurs skis, et “se disputent entre eux sur la direction ?rendre pour rejoindre le Rothenbachkopf, tellement la visibilit?st mauvaise”; ils rejoignent la route des cr?s et les gendarmes Reh, Bertin, Janin et Vuillaume, arriv?eux aussi ?ki de La Bresse via le t?ski du Chitelet puis la route des cr?s. Les deux corps sans vie sont retrouv?vers 17 heures, ?n m?e l’un de l’autre, en “position foetale dans leurs sacs de couchage grand froid”, sous une couche de neige de plusieurs centim?es; le groupe des secours, ?ip?e trois tra?aux (un tra?au de type “Pourchier” pour les gendarmes, et deux tra?aux de type “Robino” pour les commandos; ces tra?aux ?ient mont?avec les skis de la victime sur lesquels ?ient fix? une armature m?llique et une toile; les b?ns servaient ?racter l’ensemble), redescend difficilement vers la route des Am?cains; “le vent et la neige ?ient tels que l’on avait l’impression de monter”, d?are l’un des militaires 40 ans apr?les faits! Les corps sont hiss?dans l’ambulance militaire et redescendus ?a Bresse (point n°6 sur la carte), ?a caserne des pompiers qui faisait alors office de morgue. Il est alors 20 heures, et la nuit est tomb?depuis un moment.

Les secours, ?kis; ?auche, le gendarme Vuillaume

L’ambulance militaire, transportant les victimes;?auche, le gendarme JaninRothenbachkopf: la carte r?pitulative

Epilogue: analyse du drame du RothenbachkopfLes secours, gendarmes et commandos de montagne ont donc mis plusieurs heures ?ocaliser les victimes et ?es redescendre sur La Bresse. Les d?s ont ? officiellement constat?par le Dr. D’Aihlaud; les parents des victimes apprirent la nouvelle par la radio, puis par le consulat de Stuttgart lui-m? alert?ar le consulat d’Allemagne de Nancy. Les militaires du Centre d’entra?ment au combat en montagne du col des Faignes furent d?r?de la m?ille du courage, contrairement aux gendarmes, qui, malgr?a demande faite par la pr?cture, se virent refuser cet honneur et cette d?ration par leur hi?rchie qui estima alors qu’ils “n’avaient fait que leur travail”. La croix visible sur les pentes du Rothenbachkopf fut install?un an plus tard, par les militaires eux-m?s.Si Vosges Freeride s’est attard?ur ce drame, c’est pour en tirer les le?s.A. L’inexp?enceLes quatre jeunes gens ne connaissaient pas les Vosges, et encore moins la montagne en g?ral; certes, ils ?ient bien ?ip? de l’aveu m? des militaires, notamment au niveau des sacs de couchage qui ?ient de bonne qualit?our l’?que; ils partent sans manger, puis apr?s’?e perdus, commettent leur plus grande erreur: ils ne s’enterrent pas sous la neige, qui est calorifuge ?0 cm de profondeur. “Quoi de plus facile que de creuser un trou, de coucher leurs skis sur la partie sup?eure, d’?ndre leur tente sur l’ensemble et de s’allonger dans leur sac de couchage?”, d?are le Lieutenant Imbert, qui dirigea les op?tions militaires. Au contraire, ils couchent ?? la neige, et au plus mauvais endroit, au sommet de la cr?, contre une paroi rocheuse balay?par les vents, au bord d’un pr?pice.B. L’inconscienceQuand M. et Mme J., ?eur r?il ?ittlach, la veille du drame, leur d?nseillent de partir au vu des conditions m?o, les quatre amis prennent le conseil ?a l?re; pourtant, ils ne connaissent pas du tout le massif, contrairement ?eurs h?, habitants au pied du Rainkopf. “Nous ne connaissions pas les Vosges, nous pensions que c’?it de la montagne ?aches. Nous n’aurions jamais pens?u’elles pouvaient tuer!”, d?ara Manfred, l’un des deux survivants. Le lieutenant Imbert, exp?ment?t auparavant bas? Chamonix, est formel: “Une montagne de 1 300 m?es dans les Vosges, c’est un sommet de 2 500 m?es dans les Alpes, en raison du climat, de la latitude”.C. La pr?ution fataleComme vu plus haut, les deux victimes sont celles qui se sont chang? avant de se glisser dans leur sac de couchage, afin de dormir au sec; cette pr?ution, qui peut para?e sage, leur a co?la vie: en effet, secs, ils r?sissent ?’endormir, contrairement ?eurs camarades grelottant et transis qui n’arrivent pas ?rouver le sommeil. “Quand il g? en montagne, il faut r?ir: si on commence ?e sentir bien et si l’on ferme un oeil, c’est fini” d?are un militaire des commandos.Cr?ts photos, remerciementsSources photos: L’Est R?blicain 28, 29 et 30 d?mbre 1965La Libert?e l’Est 28, 29 et 30 d?mbre 1965. Vosges FreerideC. MartyGoogle EarthRemerciements ?. Schickel, de la ferme H? pour ses pr?euses infos et contactsM. Roland Reh, pour ses journaux et son t?ignageM. Jacques Bertin, pour ses journaux et son t?ignageM. Paul Antoine, pour son t?ignageM. Janin, pour son t?ignageM. et Mme J., pour leur t?ignageM. Antoine Boithiot, pour son t?ignage et ses relev?m?oM. Andr?eitz, pour son t?ignageM. R?, des t?skis de La BresseMerci ?lement auxgendarmes de La Bressegendarmes du PGM de Munstergendarmes du PGM de Xonrupt-LongemerArticles connexesUn article sur les temp?s de neige: Temp?s de neigeUn article sur le Wind Chill Factor, ou Refroidissement Eolien: Le Wind Chill FactorUn article regroupant des infos sur le secours en montagne dans les Vosges et les PGM du massif: Les PGM des Vosges: num?s utiles